Revue ESPRIT
L'Autriche inflige un revers aux nationalistes et résiste aux injonctions de Poutine et de Trump
Le leader nationaliste autrichien, Herbert Kickl, a vu la semaine dernière échouer sa prise-de-pouvoir qui paraissait pourtant déjà actée. Fait significatif : c’est la droite autrichienne qui s’est ressaisie in extremis en renonçant à former un gouvernement sous la direction de l’extrême-droite. L’Autriche échappe ainsi à une dérive autoritaire, et l’Union Européenne au démantèlement de son flanc centre-est.
Depuis cette rupture salvatrice des négociations entre les Conservateurs du ÖVP et le parti d’extrême-droite FPÖ de Herbert Kickl intervenue le 12 février, une nouvelle solution est à portée de main: la formation d’un gouvernement à trois, incluant les Conservateurs, les Sociaux-Démocrates du SPÖ et le parti libéral « NEOS ».
Le revirement des Conservateurs qui avaient en dernière instance refusé de suivre Kickl dans ses projet autoritaires et anti-UE, revêt d’une importance qui va bien au delà de la seule Autriche. Même si cet évènement n’a pas eu un très grand écho ailleurs, il s’agit bien d’un revers à la fois pour les projets de Poutine en Europe centrale (où les réseaux du Kremlin voyaient déjà l’Autriche, après la Hongrie et la Slovaquie, tomber dans leur escarcelle) et d’un rejet des dernières injonctions écervelées à l’Europe, émis par Elon Musk et le Vice-Président américain, J.D. Vance. Ceux-ci avaient exigé de la droite européenne, et notamment allemande, de se soumettre à l'extrême-droite.
Évidemment, personne peut prédire s’il s’agit pour l’Autriche seulement d’un répit (bienvenu pour les forces démocratiques) ou d’un coup d’arrêt à long terme pour les ambitions de Herbert Kickl. Pour le nouveau gouvernement, le chemin sera encombrée d’embuches. L’ Autriche est d’une part engoncée dans une grave crise de son industrie autrefois florissante, et doit craindre d’autre part l’effet d’attaques à inspiration islamiste comme celle du 15 février qui a couté la vie à un jeune de 14 ans dans une ville du sud du pays, et qui fait suite aux attentats qui ont secoués l’Allemagne voisine.